Scénographie, dispositif scénique et mise en scène du théâtre contemporain

    Les choix scéniques deviennent primordiaux dans le théâtre contemporain, et se développent largement. Au début des années 1990, le théâtre connaît un renouveau, un vent de liberté, suite à la chute du mur de Berlin. Le metteur en scène n’est plus considéré comme un faire valoir du texte, on lui reconnaît une part de liberté et on attend qu’il imprime au spectacle sa créativité. Ces choix permettent aux collectifs, compagnies, metteurs en scène, d’exprimer leurs lectures de la pièce et de proposer des interprétations aux spectateurs.

 

Le spectacle sort de la salle:

 

 

     Aujourd’hui le théâtre peut être joué n’importe où, il peut se dérouler traditionnellement dans un théâtre ou bien à l’extérieur sur une place publique, dans un café, dans les rues d’une ville… “Adhok », un projet artistique sur les Arts de la Rue qui est en tournée toute l’année, est porté par Doriane Moretus et Patrick Dordoigne, deux artistes et poètes talentueux qui ont pour objectif de renouveler le langage et d'interroger sur certains aspects de la société. Ils sont entourés de sept comédiens danseurs. La Compagnie Adhok part de l'observation que la population et l'humain vieillit. Elle réfléchit et s’interroge avec ses « échappées belles », les metteurs en scène travaillent sur la mobilité dans l'espace urbain, la confrontation à la ville, la condition humaine, leurs représentations se déroulent dans des villes et les acteurs se déplacent au fil des scènes. Les représentations à l’extérieur sont plus propices à ce type de création, car elles apportent beaucoup de mobilité, de dynamisme de mouvement et de fraicheur, ici, le théâtre se mêle à la vie de la cité.

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L’Envol, Immortels, compagnie ADHOK en 2017 à Castéra Verduzan

Immortels, est un spectacle de quarante-cinq minutes sur l'humain et ses conditions de vie. “Qu'est-ce que vieillir?” “Qu'est ce qu'être jeune aujourd'hui?”, sont les problématiques de la représentation.

 

 

La scénographie dans les salles:

 

    Le choix de la scénographie a connu des évolutions. Si un spectacle est joué dans une salle de théâtre, autrement dit un lieu adapté, équipé, un lieu consacré à cet art, la scénographie n’est plus forcément traditionnelle, même si la plus fréquente reste la scène frontale et son traditionnel « quatrième mur ». Ce dernier n’existe que dans les têtes du public, il signifie que ce qui est joué, relève d’une sorte d’illusion, une représentation privée, dans laquelle aucun échange n’est possible entre la salle et le plateau, comme s’il n’y avait pas de public.

La tendance majeure du théâtre contemporain est de briser ce quatrième mur, La frontière entre le public (la salle) et la scène (les acteurs) n'existe plus. La scène s’élargit vers le public, les va et vient du plateau et de la salle sont très fréquents dans le théâtre contemporain. Le quatrième mur tombe, le public est même parfois invité à jouer sur la scène.

 

Dans la version de Don Juan, de Gweanel Morin, le personnage de Sganarelle vient sur le plateau en passant par la salle, puis certains acteurs se mettent à jouer dans le public s’asseyant sur les sièges réservés aux spectateurs.

Dans Territoires de Baptiste Amann, les acteurs s’adressent au public et descendent au milieu des spectateurs, comme si ceux-ci faisaient partie de la représentation, comme s’ils étaient des personnages, des Révolutionnaires.

Dans Pauvreté Richesse Homme, Bête, au début du spectacle, le public est invité à monter sur le plateau et à découvrir les lieux où se produit l’histoire; une maquette représentant la vallée et les maisons où se déroule l’action, est posée sur scène.

Dans Le Capital et son singe, de Sylvain Creuzevault, créé en 2014, un acteur demande un portable au public, et pour lui faire comprendre sa dépendance face aux objets de consommation l’écrase aussitôt en trépignant dessus (il a entre temps échangé le téléphone du spectateur avec un téléphone prévu à cet effet)

Ces trois exemples démontrent que le rôle du spectateur n’est plus seulement que de regarder, mais il est aussi d’intervenir. Certains metteurs en scène vont encore plus loin, et décident d’enlever aussi visuellement ce « quatrième mur », ce qui donne lieu à des scénographies nouvelles.

Dans le spectacle de Solange Oswald de 1999, La Mastication des morts, de Patrick Kermann, les spectateurs déambulaient dans la scène comme dans un cimetière (ce sont les acteurs, qui, par séquences, changeaient de tombes, passaient sur des tombes verticales collées au mur à deux mètres de haut. Le texte fait parler chaque mort de sa tombe. On voit le public aller selon son gré de tombe en tombe. C’est une confusion totale entre la scène et la salle.

 

Mastication des morts

La Mastication des morts, de Patrick Kermann, mise en scène de Solange Oswald, Groupe Merci, 2011

 

La scénographie dans les salles:

 

    La scénographie devient très variée, des scènes circulaires bi-frontales, trifrontales...sont désormais utilisées. Elles instaurent un rapport particulier entre la scène et la salle, cela permet de voir un spectacle avec un point de vue différent de d'habitude.

La scénographie bifrontale : le public est installé de part et d’autre de la scène, un peu comme un podium lors d’un défilé; elle est de plus en plus répandue, car la proximité avec le public est recherchée….pas seulement dans les créations contemporaines, mais aussi dans des reprises de classiques.

Phedre

Phèdre, de Racine mise en scène Patrice Chéreau, Odéon-Théâtre,

2003, scénographie/décor Richard Pedduzzi

 

Il y a un seul décor sur une des deux extrémités, en fond, sur les deux clichés. Les acteurs sont arrivés au début, de la salle, de là où arrivent les spectateurs. Cela crée une proximité avec le public, et la scène est quasiment vide, il n’y a que des chaises de classe.

On retrouve la scène bifrontale dans des créations contemporaines :

La reunification des deux corees jp

La Réunification des deux Corées, de Joël Pommerat

 

La Réunification des deux Corées (2013): une scénographie très étroite, parallèle à une vallée entre deux montagnes. Le spectacle joue sur la référence géographique, sorte de métaphore de l'amour entre deux êtres qui cherchent désespérément à n'en faire qu'un, alors même que cela s'avère presque aussi complexe que de réunir les deux Corées. Il s’agit d’une succession de scènes, détachées entre elles, autour de scènes amoureuses. La configuration de la scène, elle aussi, prend part à l'histoire, et pour symboliser ces deux vallées et la complexité des personnages qui ne peuvent pas être rapprochés, la scène est bifrontale, le public est séparé en deux et face à face.

 

 

La scénographie trifrontale:

Eloge du poil

Eloge du poil, création et jeu Jeanne Mordoj, mise en scène Pierre Meunier.

 

Sur le mur du fond, c’est une grande toile peinte représentant le ciel. L’actrice, Jeanne Mordoj est seule sur le plateau, habillée d’un tailleur elle joue avec des objets, accessoires, les fait parler (ventriloque) comme s’ils étaient des marionnettes.

 

La scénographie quadri-frontale:

Dans Trust, de Falk Richter, le Groupe Merci, en 2014, a opté pour une forme quadrifrontale pour que le public soit assis comme autour d’un ring. Si Joël Fesel affirme que « le quadrifrontal s’oppose au théâtre », durant cette représentation la scénographie, loin d’être frustrante, immerge le spectateur et l’entraîne tout près des pérégrinations des comédiens. Le dispositif est complété de quatre écrans, recourant donc à des projections vidéo. La déperdition visuelle et affective est donc moindre. Le spectateur est en position d’observateur distancié, ne voit ou n’entend peut-être pas tout, mais éprouve toutes les sensations.

Trust

Trust, de Falk Richter, mise en scène de Solange Oswald, 2014

 

Une nuée de personnages en perdition errent dans ce qui semble être une salle d’embarquement suffocante.

La scénographie circulaire :

Une scène en demi-cercle ou circulaire comme au cirque ( proche de la scène élisabéthaine) : par exemple, La Fin de l'amour et Ces Objets aimés qui d’habitude ne parlent pas, création d’Hubert Colas, à partir des textes Ces objets aimés qui d'habitude ne parlent pas d’ Hubert Colas et La Fin de l'amour de Christine Angot (2000)

Circulaire

La scène lors d’une répétition

Dispositifs scéniques vers le dépouillement: le minimum reste sur la scéne, objets polyvalents:

    Une évolution nette se voit également au niveau des « décors ». La notion est d’ailleurs obsolète, il s’agit plus de dispositifs scéniques, autrement dit d’éléments déposés sur la scène. De ce fait, on voit très souvent les murs du théâtre, comme nous le voyons dans le cliché ci-dessous, où les murs du Théâtre Garonne de Toulouse tiennent lieu de « décor » polyvalent.

Art

ART de Yasmina Reza, mise en scène du Tg S.T.A.N. Théâtre Garonne, 2016

 

Ces dispositifs ont tendance à aller vers le dépouillement de la scène. Peter Brook en écrivant L’espace vide, a ouvert la voie. Les metteurs en scène contemporains comme Gwenael Morin, Rodolphe Dana, ou les collectifs belges Tg S.T.A.N., De Koo, l’ont bien compris. Parfois la scène est totalement vide, ou le support d’un seul élément symbolique peut être utilisé au besoin. Tous s’accordent sur le fait que l’on puisse faire confiance à l’imagination du public. Lorsque plusieurs lieux sont convoqués dans l’histoire racontée, l’absence de décors figuratifs ou le dépouillement de la scène sont des solutions adaptées dans les créations contemporaines.

C’est le cas du spectacle Price, de Rodolphe Dana, dont l’histoire se déroule à Chicago vers 1961. Le dispositif scénique reste le même durant toute la représentation : une structure métallique pouvant représenter n’importe quel endroit (gymnase, salle de sport, chantier etc.), des bancs, et un frigidaire mobile. L’action fait varier à une vitesse fulgurante les lieux, et le spectateur est amené à les imaginer à partir de quelques indices, dans le meilleur des cas.

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Price, Rodolphe Dana, 2017

 

Le minimum qui reste sur la scène :

Le théâtre contemporain tend à refuser tout ce qui est artificiel pour privilégier ce qui sera utile au jeu. C’est-à-dire que tout ce qui est sur la scène va servir aux acteurs, va servir à faire avancer l’action.

Je peux prendre n’importe quel espace vide et l’appeler une scène. Quelqu’un traverse cet espace vide pendant que quelqu’un d’autre observe, et c’est suffisant pour que l’acte théâtral soit amorcé. Pourtant quand nous parlons de théâtre, c’est à quelque chose d’autre que nous pensons. Le rideau rouge, les projecteurs, la poésie, le rire, l’obscurité .

Peter Brook, Ecrits sur le théâtre

Les objets deviennent polyvalents:

Le théâtre détourne les objets, tout peut être abstrait. Une chaussure peut représenter tout autre chose, un téléphone par exemple, toute présence sur le plateau est polyvalente. Ceci montre à quel point cette nouvelle forme de théâtre n’accorde pas d’importance au concret, et qu’il ne cherche plus à créer l’illusion.

C’est le choix du metteur en scène et directeur du théâtre Du point du jour de Lyon, Gwenaël Morin. Ce dernier travaille en général sans décor, refuse les effets spéciaux, et limite même l’emploi traditionnel de « costume ». Dans son adaptation Les Molière de Vitez, en 2015 où figurait Dom Juan certains acteurs semblaient revêtus de leur jogging personnel, ou autres vêtements de leur armoire (jeans, marinière, débardeurs…). Les nobles se distinguaient par des rubans de tissus blancs accrochés à leurs membres, et arboraient des perruques rousses aux cheveux longs et bouclés, peu soignées. Le pauvre, comme il se doit, était nu pour souligner son indigence. Sur le plateau, est resté en permanence, le tambour qui rythmait certaines séquences et l’ouverture de chaque acte, une chaise de jardin en plastique blanc, et une table a été apportée quelque temps. À un certain moment, la statue du commandeur, faite de carton scellé sur un socle, figurait inerte sur le plateau. Voilà un exemple significatif de ce que peut être le théâtre contemporain.

Don juan

Dom Juan ou le festin de pierre, Les Molière de Vitez de Gwenaël Morin, 2016

 

Mais cette vision et ces choix ne conviennent pas à tous les metteurs en scène contemporains. Simon Abkarian est auteur, acteur et metteur en scène, il adopte, lui, un dispositif très différent de celui de Gwenaël Morin. Par exemple, dans une de ses créations, Le Dernier jour du jeûne, il recourt à des structures mobiles, modulables que les acteurs déplacent selon leurs besoins et qui finalement construisent un décor, ici variable. Les objectifs sont multiples : le spectateur arrive à mieux situer l’action, les acteurs jouent avec le dispositif et ses éléments (la cuisine familiale est réellement utilisée, on se met à table). Ce spectacle, grâce à ce choix a travaillé son esthétique.

Le travail sur les décors et les costumes n’a donc pas totalement disparu de la scène contemporaine, des choix différents continuent à coexister.

Dernier j de jeune

Le Dernier jour de jeûne de Simon Abkarian,

2016 Dispositif de “cubes” mobiles sur la scène, qui représentent différentes pièces, ici le salon\cuisine

 

 

La scène recourt à de nouvelles technologies :

Les nouvelles technologies ont progressivement pris place dans le théâtre, ce qui a fait évoluer les représentations. Mélangeant diaporamas, projections sur écrans de vidéos, de photographies, les metteurs en scène offrent aux représentations de nouveaux dispositifs et de nouvelles possibilités. En faisant coordonner les actions des acteurs avec des images projetées, le spectateur subit une illusion, ne peut plus différencier le réel du projeté. 

 

Dans Pauvreté richesse homme et bête, l’histoire nécessite la présence d’un cheval, les technologies du XXI° siècle nous permettent de le faire apparaître, par une image projetée de l’animal.

Pauvrete richesse homme et bete par le collectif 2 plus

Image projetée du cheval

 

Dans Privacy, spectacle mentionné précédemment, la représentation est sans arrêt alimentée de séquences vidéo filmées en direct. Ici le dispositif lié aux nouvelles technologies (il représente un cadre d’écran d’ordinateur, dans lequel figure une chambre, fermée sur son quatrième mur d’un rideau de led) permet aux acteurs de nous faire réfléchir sur la frontière entre le public et le privé. Les écrans sont omniprésents dans la vie contemporaine, le théâtre de notre époque étant son reflet, il en nécessite aussi. Les acteurs des collectifs Warme Winkel et Wunderbaum, qui ont créé Privacy, ont l’habitude d’utiliser ce type de technologie, puisque dans We Are Your Friends, le dispositif était similaire.

   Le théâtre contemporain et les créations peuvent donner de l'importance au texte de départ, ou bien ne lui donner que la fonction d'un élément parmi tant d'autres. C'est l'écriture scénique qui est souvent la plus importante, tout ce qui est mise en scène sur le plateau, tous les arts réunis sur scène. La mise en scène donne une signification subjective, et parfois un point de vue sur l’œuvre.

 

Commentaires (3)

Chloé
  • 1. Chloé | 23/07/2020
DISTINGUER LE VRAI DU FAUX : Témoignage retour affectif
Pour mon histoire, j'étais avec mon mari depuis avril 2003 et tout allait bien. Subitement le 13 septembre 2019 il décide de rompre avec moi sans aucune raison et je dis quoi ; comment il peut changer du jour au lendemain, je croyais que c'était de l'amusement et le lendemain il quitte la maison. Toutes mes démarches à le faire revenir ont été vaines et j'ai dépensé pour 3 marabouts qui m'ont ruiné. Un jour un collègue de service m'a demandé ce qui se passait et je lui ai tout expliqué et il m'a dit qu'il a un bon voyant à me proposer et je lui ai dit non, le 3ème jour il a insisté et par expert il a laissé l'adresse électronique sur ma table. C'est de là j'ai saisi ma chance avec le voyant. Je voudrais partager cela avec vous que celui ou celle qui est dans cette situation qui y a de l'espoir et le chemin de l'espoir c'est en écrivant à cette adresse électronique :

CONTACT  MAÎTRE  GOUGBE   
MAIL : gougbeatso2@gmail.com   
WHATSAPP/TEL : +229 96 28 35 52  
Winter Emeline
  • 2. Winter Emeline | 20/07/2020
Bonjour !

Je m'appelle Émeline Winter,
Ayant fortement apprécié votre compagnie qui se démarque par une grande polyvalence dans ses projets, je serai ravie d'établir un contact avec vous pour mon prochain d'étude. Etant actuellement à la recherche d'un stage (octobre-décembre) dans le domaine de l'événementiel (scénographie, mise en scène, décor de théâtre), n'hésitez pas à me contacter au 06 46 79 17 32

Cordialement,

Emeline Winter

20/07/2020 à 14h45.
BRIAND Lucie
  • 3. BRIAND Lucie (site web) | 30/03/2020
Dans cet article, nous ne connaissons pas ce qu'est un rapport du spectateur.

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